Cedbou au pays des maharajas, J21 et 22 : Delhi

Publié le par Cedbou

Il est 19h sur le quai de la gare de Varanasi JN, et je m'apprete a emprunter pour la premiere fois la 1iere classe du train. Attention, ici premiere classe c'est bien mieux que chez nous, c'est carrement une mini chambre d'hotel, avec lavabos, room service (suffit d'appuyer sur un bouton et le groom apparait), bref c'est la grosse classe et ca coute pas moins d'un mois de salaire a un smicard indien.

Mon compagnon de chambre est  president d'un groupe pharmaceutique, c'est tout ce que je sais car le monsieur ne parle pas anglais ! Bref c'est parti pour 15h de trajet vers Delhi, avec chauffage et plein de bons trucs a manger. Le monsieur est assez agé et il a un fiston quadragenaire un brin reulou, un vrai fils a papa. Des le debut du voyage, il vient dans notre chambre et telephone en parlant fort. A la fin de sa longue conversation je vais le voir et lui dis combien il n'est pas question qu'il telephone davantage ici car j'ai besoin d'un peu de calme. En bon fils a papa, il me rit un peu au nez et fait semblant de ne pas comprendre l'anglais avant d'acquiescer faussement. Il attendra un peu avant de recommencer, alors que je suis couché ! Je lui aurait bien grater le menton a lui aussi ...

Le train s'enfonce dans la vallee du Gange, il s'arrete 1h par ci et par la, et le lendemain matin j'arrive avec 6h de retard a Delhi, ce qui concretement a supprimé les dernieres visites touristiques que j'avais prevu : le temple lotus Baha'i et un peu de shopping. Bah tant pis, je rejoins donc le quartier de refugiés tibetains que j'adore par metro puis rickshaw et je retrouve l'hoteliere qui se souvient parfaitement de moi et de mon nom. Je la fais bien rire et elle me donne une bonne chambre, avec vue sur la riviere Yamuna. C'est l'occasion de manger ces fameux momos et autres sizzlers plein de poulet, ce qui est un plaisir sans nom apres trois semaine de regime vegetarien. L'apres midi je pars sur Connaught Place observer la vie du beautiful people indien.

Si l'on se plaint chez nous du fossé qu'il existe entre les plus riches et les plus pauvres, sachez qu'il ne peut etre pire qu'ici, en Inde. Il y a dans ce pays un contingent de gens riches tres important, ils sont bien plus nombreux qu'en France ! Ce qui les differencie vraiment des autres indiens, c'est qu'ils ne suivent plus les coutumes, qu'elles soient vestimentaires ou gastronomiques, etc ... Le sari ou le pitisari sont remplaces par des jeans et des baskets. Ils ont l'air moins classe que les autres indiens, mais ici une paire de basket et une casquette sont des signes exterieurs de richesse ! Ils font la queue pour manger au macdonald's, où les burgers sont a base de poulet, ils portent des lunettes de soleil, meme si c'est nuageux et froid. C'est la grande frime, il faut avoir l'air cool. Les indiens n'aiment pas les photos, disons plutot qu'ils n'aiment pas etre pris en photo, surtout s'ils sont ces jeunes riches qui ont abandonne les saris, au profit d'une identite qui ne leur apartient pas vraiment.

Ensuite, c'est retour au Tibetan Camp pour le diner, ou je dine avec des tibetains installes aux USA, petite partie de parlotte. Puis je verifie mes horaires de vol. Surprise, moi qui croyait decoller a 16h, je decolle en fait a midi ! Vent de panique, je descend a la reception et reserve un taxi pour le lendemain, 8h du mat ... Levé a 7h, pas tres frais, je grimpe dans le tacos et traverse Delhi pour une derniere fois. Les mendiants tapent aux vitres de mon minibus à chaque feux rouges, derniers visages et corps mutilés empestés de misere.

Entrer apres tout ca dans un boeing 747-400 de la british airways, c'est comme renouer avec mon temps. L'avion prend alors tout son sens, c'est une machine a voyager dans le temps, qui en 13h me fera passer d'un moyen-age batard vers un 21ieme siecle plus familier mais tout aussi imparfait. Le jumbo jet s'aligne et decolle parfaitement, pendant que je me rememore les premieres images de ce voyage ...

Je me rappelle du jour du depart, le 8 janvier dernier, à Roissy. J'attendais l'ouverture de l'embarquement en alternant nerveusement fumage de cigarette et verification du panneau de vol. Puis un car de Police s'est arreté devant le terminal, des policiers sont sortis, ont formé un cordons armé dans le hall puis ont fait sortir des hommes menotés du car. Ces derniers étaient vetus de simples tee-shirts, n'avaient aucun bagage, avaient ce regard perdu qui crie au secours.

Ce que j'ai vu, c'est la concretisation de ce que l'on entend dans les salons et sur nos televiseurs, et dont tout le monde aime a debattre avec tant de detachement. Ce que j'ai vu, ce sont ces hommes, qui 48h avant cet instant, avaient une liberté, des amis et certainement une famille en France. Ce que j'ai vu, c'est une  veritable deportation, la promesse electorale en action, l'accomplissement tardif de cette bonne vieille France de Vichy, chere à tous ces vieux croulants qui peuplent notre pays vieillissant, et où la police fait appliquer bien des lois inhunmaines dans notre pays qui s'autoproclame encore celui des droits de l'homme, et où le metier de policier devient un imperatif de salaire pour des jeunes sans qualifications et putréfiés de frustrations. Plus on vieillit et plus on devient con et renfermé, des oeilleres s'installent autour de notre esprit, qui devient intolerant. On se lave moins et on pu chaque jour un peu plus, on se chie dessus et on chie sur les autres, surtout s'ils ont la couleur de notre caca.

Ce que j'ai ressenti, c'est de la honte, la honte de celui qui a signé une exécution sans s'imaginer devoir y assister. La honte de briser des miliers d'hommes, pour des motifs administratifs. La honte que mes compatriotes aient cru un seul instant que le bouc emissaire de la recession economique soit cet homme dépourvu de tout et qui a risqué sa vie pour une vie plus digne auprès de nous, qui de plus, defie mon regard avant de repartir dans un pays qu'il ne connait plus. C'est certainement plus facile que de s'imputer la faute a soi, tout comme il fut plus aisé de denoncer le juif plutot que de le cacher des collabos. Tout cela, tant que l'on ne l'a pas vu de ses propres yeux, on ne le realise pas. 25000 en six mois, ça fait combien par jour ? 1h dans le hall de Roissy suffirait a vous donner une vision plus objective de la nouvelle France qu'on nous a promis.

Le vol se passe a merveille, si on excepte une TCAS alert au niveau de Rotterdam, où nous croisons a la perpendiculaire un autres boeing qui croise a seulement quelques centaines de pied au dessous de nous à haute vitesse, très impressionnant à voir, mais sans consequence pour le vol.

C'était tres sympas vos réactions, et même si je n'ai pas eu le temps d'y répondre, elles m'ont touchées et encouragé. Je vais bientot publier des photos du voyage, ainsi vous pourrez mettre des visages sur mes rencontres et des impressions sur le décor général. Je vous répond à tous très bientot ! Tchusssssss !
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T
Coucou!!!Bienvenue en France, ton voyage n'a pas été de tout repos!!! Tu as découvert un pays aux mille contrastes, le dépaysement était bien au rendez-vous.La machine à remonter le temps t'a permis de faire un tour au Moyen Âge et de découvrir la vie indienne sous ses multiples facettes.J'espère que tu en garderas des souvenirs qui te marqueront à vie!!!!!!!Gros bisous
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